De nombreux enfants vivant dans les territoires
contaminés par Tchernobyl sont atteints de malformations ou de maladies cardiaques.
Pour l’establishment nucléaire,
ces malades - si tant est qu’ils existent -
ne sont aucunement victimes de la contamination.

Pour tout renseignement complémentaire, vous pouvez joindre
Romain Chazel ou Corinne Castanier
à la CRIIRAD (04 75 41 82 50) ou au 06 88 94 73 07.

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XVIIème anniversaire de la catastrophe de TCHERNOBYL
Communiqué CRIIRAD

Ces victimes que l’on oublie

Deux représentants de la CRIIRAD - Romain Chazel, vice-président, et Martial Mazars, docteur en physique théorique - se sont rendus au Bélarus, pays le plus touché par la catastrophe de Tchernobyl, du 6 au 17 avril 2003. L’un des principaux objectifs de la mission était de recueillir les témoignages des professionnels de santé travaillant au plus près des populations résidant en zone contaminée.

D’après les organismes internationaux (AIEA et UNSCEAR notamment) et leurs relais au niveau national (notamment, en France, l’IRSN et la DGSNR) , les conséquences de la catastrophe sur la santé des populations exposées se résument à environ 2 000 cancers de la thyroïde chez les personnes qui avaient moins de 18 ans au moment de l’accident, des cancers présentés comme facilement " guérissables ". Hormis cela, la détérioration de l’état de santé est attribuée à divers facteurs - principalement au stress - mais pas à la radioactivité (cf. par ex. les publications de l’IRSN : Daniel Robeau).

Les représentants de la CRIIRAD ont pu s’entretenir avec le docteur Galina Bandajevskaya (pédiatre et cardiologue), avec l’équipe médicale du service pédiatrie de l’hôpital de Gomel, avec l’équipe soignante du sanatorium des Sources d’argent et des médecins (pédiatre, gynécologue...) de l’association des femmes de Buda-Koshelevo.

Nos interlocuteurs n’ont pas nié les problèmes associés au stress (étudié notamment par les psychologues du sanatorium) ou à l’alcoolisme de certains parents (influence sur le retard mental des enfants) mais, à la différence des experts officiels, la reconnaissance de ces facteurs de risque ne les conduit pas à occulter l’impact de la contamination radioactive !

Parmi les problèmes qui reviennent de façon récurrente chez nos interlocuteurs :
les pathologies cardiovasculaires (arythmies, hypertension, myocardiopathies...) : les observations de terrain sont cohérentes avec les travaux du professeur Bandajevsky - dont on ne parle qu’après avoir établi un lien de confiance, son emprisonnement pesant comme une menace sur tous ceux qui établissent un lien entre la radioactivité et les pathologies.

les malformations (le cour principalement, mais aussi le tube digestif, les reins...) sont plus nombreuses et plus graves. En 2002, elles auraient été responsables de près de la moitié des décès d’enfants sur la région de Gomel.

Les enfants sont touchés par des maladies qui étaient jusqu’alors l’apanage des personnes âgées (cataracte, arthrite...). Les médecins notent depuis l’accident l’augmentation des maladies liées à des déficiences immunologiques (notamment les maladies respiratoires) et l’augmentation de l’incidence du diabète insulinodépendant (y compris chez les nouveau-nés !).

De façon générale, l’équipe soignante de Gomel s’est déclarée très préoccupée par la détérioration de l’état de santé des nouveau-nés.

Par ailleurs, concernant les cancers de la thyroïde, les observations de terrain sont cohérentes avec les données du professeur Demidchik (et son fils) : les chiffres de l’Unscear sont fortement sous-évalués : non pas 1 800 cancers de la thyroïde mais de l’ordre de plus de 7 000. De plus, l’augmentation (même si elle est beaucoup plus faible) concerne également les personnes qui étaient adultes en 1986 (et pas seulement les enfants).

Loin de considérer que ces cancers sont de très bon pronostic, les médecins locaux soulignent qu’ils sont très inquiets car la plupart des malades réclament un traitement à vie qui dans l’état de dénuement actuel est loin d’être garanti (ce qui implique des conséquences sanitaires graves). Par ailleurs, ces cancers sont agressifs et certains patients présentent des métastases pulmonaires très difficiles à soigner.

Wladimir Nareïko, 14 ans, condamné à moins d’une intervention chirurgicale.

L’équipe médicale de l’hôpital pour enfants de Gomel nous a expliqué que leur structure était totalement débordée par l’afflux des enfants malades : dans les chambres, règnent le dénuement et l’encombrement des lits. Une salle de jeu peu spacieuse doit accueillir les 60 enfants hospitalisés. Malgré le manque de moyens, le personnel doit assurer les soins et répondre aux besoins affectifs des enfants des zones rurales (la moitié des effectifs) dont les parents sont trop pauvres pour se déplacer.

Parmi les malades présentés aux représentants de la CRIIRAD, les médecins ont insisté sur la situation presque désespérée du jeune Wladimir Nareïko, atteint d’une très grave malformation cardiaque.

L’hôpital de Gomel est dépourvu des équipements nécessaires à la réalisation de l’opération, très délicate, que doit subir d’urgence l’adolescent. Dans l’incapacité de faire quoi que ce soit pour lui, ses médecins nous ont demandé de faire notre possible pour tenter de lui sauver la vie.

La CRIIRAD fait appel à toutes les bonnes volontés pour trouver :
- l’argent nécessaire au voyage et au séjour en France de Wladimir et d’un de ses proches
- un chirurgien spécialisé en cardiologie qui accepterait de tenter une opération dont l’issue est très incertaine ;
- un service de chirurgie équipé pour ce type d’opération.

Un courrier a été adressé hier, en urgence, à Monsieur Jean-François Mattéi, ministre de la Santé, pour lui exposer la situation et solliciter l’aide de l’Etat (consultable sur les sites de la CRIIRAD : http://www.tchernobyl.org et http://www.criirad.org.

L’aide de la France permettrait d’envoyer aux médecins et aux habitants de territoires contaminés un message fort affirmant que notre pays n’est pas seulement là pour envoyer des experts établir des statistiques sur la vie en zone contaminée, mais aussi, et surtout, pour aider les victimes de la catastrophe.