Quand j’étais jeune les hommes ne connaissaient pas le clitoris, pas plus le cunnilingus, qu’ils trouvaient impensable, dégoûtant, honteux, etc.

Il faut dire qu’à l’époque le cunnilingus était encore considéré un trouble mental... tout comme la fellation d’ailleurs, mais curieusement, ils n’ont jamais trouvé ça dégoûtant les hommes, la fellation, bien au contraire.
Déjà ça commençait mal...

A l’époque, on ne parlait pas de "ça", évidemment pas en famille, mais pas plus dans les magazines, ni avec les amis, qui n’en connaissaient pas plus, et souvent trouvaient aussi ça dégoûtant.
Je me souviens avec émotion qu’avec mon copain de l’époque - le premier - on avait acheté Union depuis le premier numéro [2] et on le dévorait, plein d’infos, on apprenait à se connaître, chacun et l’un l’autre. Mais attention, à l’époque c’était très soft quand on le compare à maintenant...
C’était la première source possible qui existait, à portée de main. Même si l’achat se faisait loin des quartiers connus...

Non, le cunnilingus n’est pas les préliminaires, c’est le principal, messieurs

Les hommes, souvent guidés par les pornos, ne savent pas donner du plaisir aux femmes.
Dans les pornos les hommes traitent les femmes pour leur plaisir à eux, mais le scénario montre les femmes jouissant, de ce plaisir des hommes.
Confortés dans leur certitude que tout tourne autour de leur plaisir à eux, ils pensent que si eux sont contents, les femmes jouissent !

Il est vrai qu’un scénario montrant un homme léchant une femme pendant de longues minutes, dizaines de minutes, ne refléterait pas ce qui excite les hommes, en général.

Un excellent article - que je vous invite à ne rater sous aucun prétexte - de rue 69, Les hommes ne savent pas lécher en général, fait le tour du sujet de très bonne manière.

Car quand ils s’y mettent au cunnilingus, si ce n’est pas leur désir, leur envie, leur plaisir, c’est de l’apprentissage, de la copie, de la technique pure, et même si parfois ils la pratiquent de manière appliquée, c’est pour un résultat raté.

Alors soit ils ne le font pas, soit ils le font mal, très mal.

Ainsi pour répondre à un homme qui me rétorquait que "certaines femmes n’aiment pas ça", je dirais que si "elles n’aiment pas ça" c’est peut-être qu’elles préfèrent ne rien avoir à subir du tout plutôt que quelque chose de mal fait, jusqu’à en être douloureux.
Bien sûr il peut aussi y avoir le poids de l’éducation, la honte de ces parties-là, la honte de permettre à un homme d’être aussi près de son intimité qui les fait refuser le cunnilingus.

Mais en tout état de cause subir un studieux, que l’on sent pressé d’en finir car il n’est pas là pour ça, mais pour son unique but, qu’il jouisse avec son pénis, lui, casse toute envie.

Et pour éviter les discussions compliquées, sur le thème du reproche, il est plus simple pour la femme de s’auto accuser de ne pas aimer, tout comme il est plus facile de simuler.

Messieurs vos pénis ne sont pas des organes de jouissance - pour les femmes -, en première analyse

Ah, je vois d’ici venir tous les commentaires scandalisés sur le thème "mais j’ai rencontré une femme qui jouit par la pénétration...".
Je dirais d’abord que si vous avez rencontré UNE femme qui, cela prouve que vous êtes d’accord avec moi, ce ne sont pas "les femmes" en général.
Je dirais ensuite, pourquoi ne voulez-vous pas comprendre qu’on n’est pas faits pareils, les hommes et les femmes [3] ?
Et qu’est-ce qui vous gêne tant, au fond, de faire jouir une femme sans votre pénis ?

Il est là le vrai problème. Vouloir à tout prix que votre partenaire jouisse comme VOUS l’entendez.
STOP au nombrilisme, OUI à la considération de l’autre.

Chez les femmes, le clitoris est la principale région du corps à l’origine du plaisir sexuel.
Pour cette raison physiologique, recevoir un cunnilingus est une des activités érotiques préférées des femmes.

Le plaisir des femmes méprisé, y compris par les plus "avancés" des politisés

C’est avec stupeur que j’ai lu un encadré de L’an 02 :


"Pour mettre à mal les idées reçues selon lesquelles les imprimantes 3D ne servent à fabriquer que des godemichés [...]"

Une analyse s’impose :

  • Mise en premier lieu de cette application des imprimantes 3D, alors même que c’est très anecdotique, montre le côté intérêt type fin de banquet gros beauf clin d’œil salace de la part de la rédaction, qu’on aurait aimée moins tabloïd.
  • Utiliser le mot godemiché, et non pas sextoy par exemple, méprise l’outil.
  • "ne servent qu’à fabriquer" sous-entend que ça n’a aucun intérêt.

Or, l’importance du sextoy dans l’apprentissage de la sexualité féminine est niée, comme tout ce qui peut autonomiser les femmes et leur apprendre à se connaître, elles et leur corps.
Alors que le sextoy :

  • permet des explorations, en particulier le "point G" et autre surfaces difficilement accessibles, qui amènent la femme à connaître et apprendre son plaisir [4].
  • montre que la taille, largeur, longueur du pénis, ne comptent pas : les sextoys sont bien plus étroits et courts que n’importe quel pénis en général [5].
  • autonomise la femme vis-à-vis de son plaisir, dans le temps, le lieu, le circonstances.

De plus, l’utilisation des imprimantes 3D pour la fabrication de sextoys ouvre la possibilité de les fabriquer sur mesure en fonction de l’anatomie de chacune, à un prix abordable.

Une véritable révolution : adaptation, connaissance de son corps, connaissance de son plaisir, autonomie, tout ce qu’il faut défendre pour les femmes.

Or on voit cette réflexion méprisante vis-à-vis de la sexualité des femmes, non pas dans un journal de paroisse, mais bien dans un journal dont le slogan est repris de L’an 01 "On débranche tout, on réfléchit, et c’est pas triste."

Et bien non, ils ne réfléchissent pas, et oui, c’est extrêmement triste.

Une fois de plus les grandes idées politiques, les grands élans révolutionnaires laissent les femmes, leur corps, leur sexualité, de côté, seul le point de vue des hommes est intéressant, et méprisant vis-à-vis de la sexualité des femmes.

On peut, si, si, si, trouver des hommes à la hauteur

Je vois venir des hommes, comme des femmes, scandalisé-es, disant que, si, elles en connaissent qui..., ou que eux-mêmes [6] sont autrement : qu’ils aiment le cunnilingus et effacent leur propre plaisir devant celui de la femme avec laquelle ils sont, parfois jusqu’à ne même pas jouir eux-mêmes.

Oui, bien sûr la chose a beaucoup et bien évolué depuis mon époque, les enfants des soixanthuitard-es ont été élevés avec d’autres connaissances, moyens d’information, moins de tabous.

Oui il en existe, des hommes qui s’informent, testent et surtout, surtout, aiment donner du plaisir aux femmes, pas comme eux l’imaginent, mais comme ELLES aiment, avec attention, apprentissage, bonne volonté, application, en aimant ça, ce qui est le principal en fait, quand on aime vraiment, on le fait bien et avec patience !

Mais je dirais aussi qu’ils ne sont pas légion et qu’il faudrait que l’éducation sexuelle des jeunes, filles et garçons, soit un peu mieux faite pour espérer une génération future qui mette au premier rang cette pratique et soit au top du cunnilingus !


Tableau, de Mihály Zichy (1827–1906).

[1Comme il est souligné dans Wikipedia : Il est nécessaire de souligner, avant de décrire les variations personnelles, culturelles, sociales, ou tenant à l’orientation sexuelle des individus, que les rapports sexuels de la très grande majorité des personnes, dans les sociétés occidentales, consistent en une pénétration vaginale avec un partenaire de sexe opposé, associé à des caresses comme préliminaires.

[2Juillet 1972.

[3Et pire, si votre pénis est le centre de votre vie sexuelle et que vous considérez, comme nombre de gens suivant Freud sur ce thème, que le clitoris est un pénis en miniature, alors vous vous devez de comprendre que c’est le clitoris l’organe de jouissance principal de la femme, et non pas son vagin.

[4Vous voyez que je reconnais que la pénétration peut aussi, parfois, avoir des avantages, mais ce n’est pas une raison pour oublier le principal... d’autant plus que le point G n’est probablement qu’une extension de la zone de plaisir du clitoris, à l’intérieur du vagin. Cela fera l’objet d’un autre article.

[5Évidemment il y en a de toutes tailles mais pour l’efficacité seule, les plus vendus, donc, sont petits.

[6Quoique là, je sois plus dubitative quand c’est eux qui se vantent, comme me disait un ami récemment, ce sont ceux qui en parlent le plus, etc.